En écho
« Une société qui donne à sa jeunesse un accès à la philosophie, tout comme à la
littérature qui en constitue le versant poétique, est une société qui favorise
la liberté et le choix de la rationalité contre l'aliénation et la domination
des idéologies. Elle est aussi une société qui donne à sa jeunesse la
possibilité de parler; elle la délivre de son mutisme.
« Dans ses rapports avec l'État, la philosophie est à la fois un facteur de
distance et de politisation : elle donne au jeune la pleine souveraineté sur
son existence en lui fournissant le langage qui lui permet de se mettre en
question et de discuter aussi bien des visions du monde que des enjeux
sociaux. De ce point de vue, elle favorise un individualisme qui est la
conquête principale de la modernité : être soi-même.
« Mais dans le même geste, elle inscrit ceux qui entrent dans l'espace de la
réflexion, dans la vie de la discussion démocratique, en leur montrant la
nécessité du dialogue et le caractère essentiel de l'argument. Ce seuil est
celui de la vie dans la cité. Distance sans détachement, liberté dans la
solidarité. Qui voudrait aujourd'hui renier ces finalités, qui voudrait
interrompre la transmission de cet idéal kantien qu'une longue histoire a
maintenu dans nos collèges depuis qu'ils portent ce nom? »
L'enseignement de la philosophie aujourd'hui - Sapere aude: ose juger..., par Georges Leroux, Académie des lettres du Québec, dans
ledevoir.com, édition du jeudi 18 novembre 2004
« Je suis inquiète. Quand un gouvernement souhaite exclure la littérature de
l'enseignement supérieur, je me demande quelles sont ses véritables
motivations. L'univers littéraire, au même titre que la philosophie, présente
comme possible la compréhension de l'homme et de certains de ses
comportements. Cet univers, qui se veut bien souvent le reflet de la vie,
d'une époque, permet le développement d'un sens critique. Serait-ce donc de
cela que le gouvernement veut se prémunir : le sens critique de ses électeurs?
Quand les dirigeants veulent éliminer les cours de littérature de
l'enseignement supérieur, c'est à tous les despotes qui ont fait s'exiler des
Voltaire et des Hugo que je pense. Quand un ministre se prépare à rayer les
cours de littérature de l'enseignement supérieur, je pense qu'il veut servir
des intérêts financiers et qu'il ne se préoccupe guère de la qualité des
citoyens qu'il exigera que l'on forme. »
Lettres: À quoi ça sert de savoir ça?, par Marie-Ève Vaillancourt de Sept-Îles, dans ledevoir.com,
édition du jeudi 18 novembre 2004
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