28 décembre 2004

Sous le signe de la fraternité

    Deuxième volet d'un bilan après trois cent soixante jours de billets quotidiens dans Franchement! et au bout de vingt-six mois d'essais et erreurs dans cinq autres blogues.


Puisque le terme 'bloguer' n'est pas encore engoncé dans les dictionnaires, je me permets de suggérer ici aux lexicographes d'en souligner les deux aspects inséparables : l'aspect expressionnel et l'aspect relationnel. Car les blogues sont à la fois lieux d'expressions et réseaux d'échanges. Le vrai blogueur s'enrichit en enrichissant les autres blogueurs : entre blogueurs, on partage généreusement.



Internet charrie le meilleur et le pire de l'homme. Laissons à la Justice l'extirpation du pire. Dans le meilleur, il y a la majorité des blogues.



La blogosphère est le seul espace public -- à ma connaissance -- où peut se vivre ou presque l'utopie française liberté-égalité-fraternité. Liberté de tout pouvoir écrire et lire sans marchandisage; égalité pour tous de pouvoir y accéder avec chacun son bagage de mots et d'images, pratiquement sans frais et sans les maudits préjugés; fraternité encore issante certes, mais en croissance, manifestée ici et là discrètement sous la forme de commentaires spontanés et, plus ostensiblement, dans quelques expériences de stimulante collaborativité.



Les maudits préjugés... Le blogue élude pratiquement tout ce qui ailleurs devient si facilement une barrière à la fraternité humaine : l'âge, le sexe, la généalogie, l'apparente beauté, la 'marque', le 'pays', le hasard (l'argent), le titre, le poste, la fonction, la couleur, l'accent, le handicap, le tic détestable... Dans la blogosphère, les mots de la réalité finissent par transcender les apparences accessoires; on peut même s'y donner une identité plus crédible si l'on craint que la vraie sonne faux (ce que je ferais si, par exemple, j'étais blogueur milliardaire, vedette ou politicien -- parlant de préjugés...).



Vivre l'utopie française n'exclut pas les divergences, les choix selon ses affinités, les remises en question, les avis défavorables, les objections fondées sur des citations, les prises de position à la marge... Au contraire : la vérité fascine et nourrit celles et ceux qui la cherchent; elle rend celles et ceux qui l'ont trouvée suffisants (suffisants actifs, les prosélytes; suffisants passifs, les blasés).



Bloguer, « qu'ossa donne »? Ça permet de fraterniser en cherchant la vérité.


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