03 février 2005

vivre et payer pour...

    sur un air de rapt

vivre

vivre pour...

vivre pour payer

payer pour...

vivre



    payer

    payer sans...

    payer sans vivre

    vivre sans...

    payer mais...

    finir par payer pour...

    vivre vivre


vivre

et payer pour...

payer et vivre pour...

payer mais...

vivre vivre vivre



    vivre

    jusqu'à

    ne plus

    pouvoir

    payer

    pour...



02 février 2005

Vérité et mensonge

Quelque part entre la vérité et le mensonge, il y a l'engagement et l'honneur.



Le billet de Virginie Luc, L'art est un mensonge qui dit la vérité, le journalisme une vérité qui dit un mensonge, est cinglant pour les médias et pour notre société qu'ils reflètent.



La dérive de « la » presse n'est que le reflet d'un phénomène qui la dépasse largement. Celui d'une société qui ne tourne pas très rond. Ou justement, qui tourne trop en rond. L'individu occidental, dans sa quête effrénée du bonheur immédiat, est devenu le centre des préoccupations : chacun défend ses droits, son bien-être physique et psychique. On s'en tient à soi, à ses préoccupations immédiates (au mieux, à son pays). On s'adore soi-même. On est dans l'ère du « moi je », immanquablement névrosé. Notre société occidentale s'est coupée de toute transcendance. Il n'y a pas (plus) de projet commun et unificateur, plus d'élan vers l'extérieur, vers ce qui nous dépasse... On a sacralisé l'individu qui finit aujourd'hui par s'asphyxier lui-même. La liberté des journalistes s'est réduite comme peau de chagrin, coincée entre une pensée dominante et moralisatrice, les censures économiques et une certaine complaisance à l'égard du pouvoir politique.


Le parti pris de Virginie Luc pour 'l'art qui dit la vérité' s'explique sans doute par les artistes qu'elle a fréquentés, qu'elle fréquente encore et dont son blogue témoigne intensément. Car l'art peut, tout autant que le journalisme et le blogue, être condescendant et mensonger, cacher ou maquiller la vérité : il faut bien plaire et manger.



En journalisme comme en art et comme en toute chose d'ailleurs, il ne peut y avoir de vérité sans engagement. Un engagement dans l'honneur.



HONNEUR, subst. masc. Principe moral d'action qui porte une personne à avoir une conduite conforme (quant à la probité, à la vertu, au courage) à une norme sociale et qui lui permette de jouir de l'estime d'autrui et de garder le droit à sa dignité morale. (TLFi)



01 février 2005

Trois coups de théâtre

    En marge de La soirée des masques, dimanche soir dernier. Réalité oblige : il y a fort longtemps que je ne suis pas allé au théâtre. Je n'en crois pas moins en sa valeur et en sa portée. Est-ce qu'on y entend encore trois grands coups au lever du rideau? Est-ce qu'il y a encore un rideau?


Premier coup

Le seul et unique rôle de ma carrière d'acteur. Dans une pièce du répertoire classique, en alexandrins, alors que j'étais étudiant : celui d'Oreste dans Andromaque de Jean Racine. Il me reste de ce 'flop' de jeunesse une grande admiration pour celles et ceux qui consacrent leur vie au théâtre.



    HERMIONE.
    
    Je veux savoir, Seigneur, si vous m'aimez.

    ORESTE.
    Si je vous aime? O Dieux! Mes serments, mes parjures,
    Ma fuite, mon retour, mes respects, mes injures,
    Mon désespoir, mes yeux de pleurs toujours noyés,
    Quels témoins croirez-vous, si vous ne les croyez?


Deuxième coup

Au Théâtre Denise-Pelletier, fin des années soixante. En matinée, parmi des groupes d'élèves. Une tragédie grecque dont j'ai oublié le titre. Je me souviens d'un seul personnage : une prêtresse toute drapée de blanc. J'ai eu droit ce jour-là, à une grande leçon comme pédagogue. Malgré que ce soit une tragédie, on entend des rires dans la salle : d'abord quelques-uns, puis d'autres, puis ça n'en finit plus... Les tirades de la prêtresse aux dieux sont vite dominées par les rires de centaines de jeunes, mal préparés à ce genre théâtral... Soudain, la prêtresse se retourne vers nous, s'avance à l'avant-scène et s'écrie en ouvrant les bras : « Ça va faire! » Long silence et stupéfaction générale. Visiblement défaite, la prêtresse drapée de blanc redevient Andrée Lachapelle, qui se met alors à parler aux jeunes -- avec beaucoup d'émotions -- de civisme, de respect, de théâtre et de tragédie grecque. Après l'entracte : une salle attentive comme je n'en ai jamais vue depuis. À la tombée du rideau, des applaudissements chaleureux comme je n'en ai jamais plus depuis entendus au théâtre...



Troisième coup

La phrase de Claude Péloquin gravée sur la grande murale du Grand Théâtre de Québec, oeuvre de Jordi Bonet, qui résume tellement bien le message que nous livre le théâtre depuis des siècles : « Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves. C'est assez! »



RIDEAU!