10 janvier 2005

Rencontres

    « Bloguer, c'est créer des liens ». Toutes sortes de liens. Des liens ahref, des liens img, des liens rss... Mais surtout des liens humains -- discrets mais non moins vrais -- d'affinité, de concordance, de complémentarité, de solidarité, d'amitié...


Il faudrait qu'un jour où j'irai en ville avec du temps je compte combien de personnes j'ai croisées dans ma journée : croisées, donc manquées. Que je note celles à qui j'ai parlé : je leur ai parlé, donc je les ai rencontrées. (Bizarres, les participes passés...) Et que j'inscrive le nom de celles que j'aurais bien aimé revoir parce que quelque chose a 'cliqué' : mais est-ce réciproque? revoir comment, quand et pourquoi sans qu'il y ait d'ambiguité? C'est toujours compliqué une rencontre; plus compliqué encore une deuxième, une troisième...



Compliqué. Sauf si vous bloguez.



Avant d'écrire dans un billet (ou après, c'est selon) ce qu'il ne dirait pas autrement, le blogueur fait une tournée dans sa blogosphère. Et contrairement aux ballades urbaines où on ne peut pratiquement que croiser les gens parce qu'ils sont ou ont l'air plus pressés qu'empressés, dans la blogosphère, les blogueuses et les blogueurs s'arrêtent tout naturellement, se disent de bonne grâce, se laissent rencontrer de gaieté de coeur, se relancent volontiers sans jamais avoir l'impression de s'ingérer, de s'imposer; tout au plus, celle de s'immiscer en douce ni vu, ni connu...



Hier encore, ma blogosphère s'est agrandie, enrichie. J'étais dans mon blogvillage, Bloglines. Marc Mayet, fin détrousseur de blogues, attire mon attention vers un blogue finement nommé Do not fold (Ne pas plier). Un clic, et me voilà quelques instants hors du temps, chez Virginie Luc.



Premier contact : lecture de son billet le plus récent Vol de nuit. Saint-Exupéry, me dis-je. Mais non. Virginie Luc y décrit sa rencontre fortuite avec l'écrivain juif Arno J. Mayer :



(...) doucement, il me parle de l'oubli, parfois pernitieux, parfois salvateur; de la mémoire, affective et sacrée, qui est du côté de la vie, toujours portée par des hommes vivants et donc en évolution permanente, vulnérable à toutes les manipulations; de l'histoire qui, elle, relève d'une opération intellectuelle, d'un discours critique et prosaïque, qui désacralise... Il parle de la difficulté de faire une « histoire du présent » et, en particulier, du « commerce » que l'on fait autour de l'histoire du génocide juif (« chacun y va de ses mémoires »). Il préconise une étude contingente de l'histoire : pourquoi dissocier le drame juif de celui des gitans ou des homosexuels? Il s'attache, depuis trente ans, à élaborer un travail de mémoire qui refuse de se laisser emprisonner dans sa mémoire particulière.


Je suis conquis par cette façon qu'elle a de nous transmettre en mots sa quête du meilleur de l'autre. Et comme à chaque fois que je découvre un nouveau blogue, je pars à la recherche de son billet phare, souvent celui du premier jour, Point de départ.



Do not fold. Ne pas plier, ne pas froisser, ne pas jeter ces instants qui surviennent sans crier gare comme une évidence, qui parfois ressemblent à « du temps perdu » quand ils ne sont que des éclats de vie. Dans cet espace virtuel, j'ai envie de vous raconter des rencontres - des gens, des livres, des oeuvres, des absents, des lumières, des peurs... - qui me touchent et me font grandir. En marge du flot délétère du quotidien, vous dire ces percées dans le temps qui me rattachent au monde dont elles me coupent pourtant.


« Raconter des rencontres qui me touchent et qui me font grandir. » J'ai lu tous ses billets; relu même certains d'entre eux, notamment celui du premier jour de novembre où...



Ce sont nos morts qui viennent à notre rencontre pour ponctuer notre vie et lui donner un ordre. Notre temps a besoin de sacrements et de ponctuations. On pose une date comme une pierre sur le chemin. Paradoxalement, la fête des morts est l'occasion de vivre plus intensément, d'accueillir ce curieux sentiment qui mêle la tristesse et la force de vie.


Virginie Luc fait maintenant partie de ma blogosphère.


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