31 janvier 2005

1, 2, 3... Action!

Fin de semaine de télé sur le thème de la globalisation :


1. « L'effet Wal-Mart », sur le RDI.

2. « Le nouveau péril jaune », sur Télé-Québec, à Points chauds.

3. Laure Waridel, fondatrice d'Équiterre, sur le RDI.



La spirale de la globalisation se resserre sur nous et est en train d'étouffer notre économie. Or, c'est nous-mêmes, inconscients consommateurs, qui en tournons la vis chaque fois qu'à 'petits prix' dans les grandes surfaces qui occupent maintenant tout notre territoire nous achetons des produits importés fabriqués par nos frères et soeurs du tiers-monde dans des conditions qui frôlent l'esclavage que leur imposent les compagnies supra-nationales pour maximiser leurs profits.



Achats de produits importés = moins d'emplois ici dans le secteur de la production = dispersion de notre richesse collective = appauvrissement du Québec, des Québécoises et des Québécois. À plus ou moins long terme, sans autonomie de production, nous deviendrons entièrement dépendants sur le plan économique, c'est-à-dire de plus en plus pauvres. Bienvenue au Québec dans le cercle des pays du tiers-monde!



Et ce n'est pas du pessimisme ou du défaitisme en l'air : les statistiques le confirment. Depuis 15 ans, le salaire des Canadiens est resté inchangé. Pire encore, les nouveaux employés sont moins bien rémunérés qu'il y a 20 ans. C'est quoi, ça, sinon de l'appauvrissement!



Grâce à nos deux télés publiques, et cette fois citoyennes, je comprends un peu mieux pourquoi nous sommes de plus en plus pauvres. Nos revenus stagnent mais les charges augmentent : impôts, taxes, électricité, téléphone... Nos gouvernements et leurs corporations satellites s'enrichissent d'autant, ce qui donne l'illusion d'une certaine prospérité collective. La réalité brutale, c'est qu'il nous en reste moins pour vivre avec un minimum de dignité. Les bas prix sont alors notre planche de salut individuelle. Contrairement à nos ancêtres qui n'étaient pas riches mais autosuffisants pour la plupart, nous sommes aujourd'hui entièrement dépendants de notre 'pouvoir d'achat'. Contexte inespéré pour les grandes chaînes aux 'bas prix'... Les chaînes de la globalisation qui font que notre qualité de vie sociale, familiale et individuelle s'étrique comme une peau de chagrin...



Action. Que puis-je faire sinon continuer à travailler pour payer mes dûs et obligations, et bloguer à clavier perdu?



C'est peu, mais je vais poser un geste à ma portée (Un geste à la fois, comme on dit chez Équiterre) : dans Saint-Armand-sur-le-Web, je vais, à partir de maintenant et gratuitement, faire la promotion des produits d'ici en leur consacrant une section.




30 janvier 2005

Retour à l'expéditeur

Dans le courrier, cette semaine, une enveloppe scellée sans nom ni adresse de destinataire, dérogeant de ce fait au Guide canadien d'adressage.



Je ne l'avais pas encore ouverte, ne sachant trop si elle m'était véritablement destinée. On peut y lire : Joseph Dion et Fils Ltée, Salon funéraire, Quatre générations à votre service. Et puis, en gros et gras : « INFORMATION ».



Je l'ouvre à tout hasard.



C'est une invitation à répondre à un sondage de 14 questions sur mes pré-arrangements funéraires, en retour de quoi on me fera parvenir, « GRATUITEMENT, le guide de planification Désirs et souvenirs, ainsi que le guide de préparation en 45 points. »



J'ai le goût de retourner le questionnaire à l'expéditeur dans l'enveloppe-réponse pré-affranchie avec, en biais, en grosses lettres écrites au crayon feutre, la mention :



FRANCHEMENT!





29 janvier 2005

Bloguedéviations



J'avais l'an dernier mis dans mon agrégateur (quel affreux mot) Bloglines les fils rss de quelques médias, croyant ainsi être mieux informé. J'ai vite déchanté : des centaines de manchettes souvent redondantes à parcourir chaque jour, ce n'est pas de l'information mais de la perte de temps. Je les ai finalement tous éliminés.



J'ai également éconduit au fur et à mesure les blogueurs qui essayaient de me vendre quelque chose, chassé les vendeurs hors du temple. Justement, dans la même veine, j'ai l'oeil plutôt critique pour les blogues de journalistes attitrés : sont-ils payés par leur journal pour bloguer? Pour les journaux, jusqu'à preuve du contraire, nous sommes d'abord des consommateurs. Les journalistes, même blogueurs, ont besoin qu'on achète leur journal : il y a là une détestable ambiguïté.



J'aimerais bien que le blogue reste un lieu sain où l'artifice et la manipulation soient bannis ou tout au moins malvenus. Un espace où chacune et chacun puisse tout simplement être et devenir soi-même : sujet et non objet. À cet égard, j'avoue que les pseudoblogueurs m'embarrassent un peu; je les ai eux aussi à l'oeil.






28 janvier 2005

Pour un santémarché

    À l'intention des blogueurs investisseurs humanistes et visionnaires ou des blogueurs ordinaires qui connaîtraient ce genre d'investisseurs.


En faisant ma cueillette hebdomadaires de spéciaux dans les maxi, extra, plus, super marchés de Saint-Jean-sur-le-Richelieu, je me dis souvent : « Non, mais... ». Hier, j'ai trouvé non mais quoi. Le supermarché a fait son temps, c'est un concept de deuxième millénaire qui, s'il perdure, nous rendra tous malades : si votre statut vous amène à fréquenter ce genre d'endroit, vous avez vu comme moi l'air de plus en plus déprimé des gens qui y poussent leur panier! Il serait grand temps de remplacer le supermarché par le santémarché.



Le concept du santémarché est simple : c'est un marché dans lequel tout ce qui est offert est bon pour la santé.



Les propriétaires sont diplômés en nutrition; tous les employés ont un DEC en sciences nutritionnelles.



À l'intérieur du santémarché, on trouve cinq sections qui correspondent aux groupes alimentaires du Guide canadien : produits céréaliers, légumes et fruits, produits laitiers, viandes et substituts, breuvages et autres.



Les paniers sur roulettes ont cinq compartiments aux couleurs du guide : jaune, vert, bleu, rouge et blanc. Dans chacun est indiqué le nombre de portions recommandé par jour, 5 à 12, 5 à 10, 2 à 4, 2 à 3... Plus possible d'oublier une catégorie d'aliments essentiels.



L'inventaire des produits offerts est impitoyable pour tout ce qui a été, est et sera dénoncé par les spécialistes tous médias confondus comme étant néfaste pour la santé : il n'y a sur les tablettes que du 'bon pour la santé' au meilleur prix, abordable pour tous.



Nouveauté attendue depuis l'invention des codes à barres : le coupon de caisse du santémarché nous renseigne sur la valeur nutritive des produits achetés ainsi que sur leur provenance. On peut enfin savoir en passant à la caisse combien il y a dans notre panier de calories, de protéines et de toutes autres molécules nourrissantes.



Dans les circulaires du santémarché on ne fait pas la promotion des spéciaux douteux mais on annonce les nouveaux produits santé disponibles avec leur vrai prix, on propose des menus santé, on donne de l'information sur les recherches sur la nutrition et sur les maladies qui y sont liées.



    Prévenez l'investisseur que le concept risque de faire un tabac ou plutôt d'avoir un succès boeuf, enfin, de faire boule de neige (pas facile de trouver une expression enthousiaste santé) : autour de chaque santémarché, on verra vite apparaître une santépharma et un santéresto où sera appliquée la même règle implacable : ne rien y vendre qui soit à risque pour la santé.


À tout le personnel des services dits de santé : ne craignez rien, le santémarché ce n'est qu'une stupide idée. La priorité de nos gouvernements, c'est la santé; la santé, là où elle s'attrappe, c'est-à-dire dans les centres très hospitaliers et dans les cliniques de ci et de ça, pas dans les supermarchés.


27 janvier 2005

Parlant de convivance...

    En lisant les savoureuses chroniques de François Taillandier sur la langue française, je découvre la convivance. Comme il se réfère à un discours sur le sujet prononcé par Mme Florence Delay de l'Académie française, je m'y rends et prends plaisir à découvrir l'histoire de ce mot nouveau en lisant : « Une très vieille convivance ».


Mais ici, chez nous, la convivance...



La convivance, c'est tout simplement « la vie les uns avec les autres ». Aimez-vous les uns les autres, en un mot. Un beau programme, quoi! C'est un mot que je n'ai jamais entendu prononcer. Il y a quelques mots comme ça en -ance qu'on aime mieux voir écrits ou dits à voix basse : condoléances, par exemple.



Je pense aussi à gouvernance et à survivance.



Gouvernance me ramène quelques années en arrière, au moment où la Loi sur la gouvernance des Premières Nations faisait la manchette et suscitait une levée de tomahawks chez les Autochtones, fâchés avec raison qu'on se mêle de leur dire unilatéralement comment se gouverner. Un débat de fond semblait vouloir s'amorcer pour qu'ils retrouvent enfin cette dignité que leur avaient spoliée nos ancêtres colonisateurs... Chaque partie s'est finalement retranchée derrière son droit de réserve et on n'en parle plus. Les médias ne semblent aujourd'hui reconnaître les Autochtones qu'en présence de cigarettes, de drogues, d'alcools et de casinos. Un jour nos responsables politiques feront, je l'espère, un lien entre ces échappatoires, les quartiers pauvres, les prisons et les réserves... On parlait de quoi déjà? Ah oui, de la convivance, la vie les uns avec les autres!



Survivance me ramène avant la présumée révolution tranquille. En ce temps-là, la survie du français était menacée. L'Économie commençait à supplanter l'Église pour nous dire quoi faire et comment vivre, et elle avait tendance à nous transmettre ses directives en anglais. Protestations populaires, lois, partis : toujours est-il que nous sommes devenus Québécois. Ç'a réglé le problème de la survivance de notre langue mais ç'a aussi fait qu'on s'est confiné dans notre belle province et qu'on a laissé les français canadiens des autres provinces -- la plupart d'origine québécoise -- se colletailler avec leur capitale et Ottawa pour assurer leur survivance : on connaît le résultat. On parlait de quoi déjà? Ah oui, de la convivance, la vie les uns avec les autres!



Curieusement, même si le mot convivance n'a été officiellement reconnu par l'Académie française qu'en 2004, on le trouve dans un article daté de 1996 de la revue Relations et portant sur l'intégration des immigrants : Pour la convivance dans un Québec pluriel. (C'était juste après le référendum, dernière manifestation officielle de notre identité, dont le résultat nous a sciés en deux et dont nous sommes tous sortis et restés hébétés sur le plan identitaire, au grand plaisir de l'Économie.) Dans cet article, on peut lire :



[L'immigration] n'a pas pour but de résoudre nos problèmes démographiques, ni nos faiblesses dans la formation professionnelle. Notre vitalité nationale interne doit demeurer entière. Nous pouvons inviter les immigrants à y contribuer, pas à la remplacer. (...) Il existe une constellation unifiée et cohérente de coutumes, d'institutions et de valeurs qui nous sont communes depuis longtemps, que nous soyons des Premières nations, ou d'origine française ou britannique, ou immigrés plus récemment. Le développement, particulièrement par l'école et par les médias, de ce patrimoine commun favorise beaucoup plus la convivance harmonieuse et l'accueil des immigrants que la dispersion multiculturelle.


Un beau mot et un beau programme, la convivance! On ne sait jamais, maintenant que c'est un mot officiellement français peut-être l'entendrons-nous de plus en plus; peut-être même correspondra-t-il un jour à une réalité...



26 janvier 2005

L'harmonie

L'harmonie?

L'harmonie...



L'harmonie sonore?

C'est ce qui donne du goût au temps qui passe.



L'harmonie visuelle?

C'est un repos pour l'oeil dans l'espace.



L'harmonie sensorielle?

C'est tout doucement goûter, sentir et caresser en fermant les yeux les pétales de sa fleur bien aimée.



L'harmonie intérieure?

Comme je l'ai vainement cherchée ailleurs, je crois qu'elle est quelque part entre la fidélité, le détachement et la liberté. Elle aime par-dessus tout qu'on la cherche, disparaissant juste au moment où on croit l'avoir trouvée.




25 janvier 2005

L'ornithosophie

    Moins 20 degrés Celcius et il y a des oiseaux qui viennent faire leur tour dans les vieux pommiers des alentours en attente d'au moins encore un printemps. Être ornithologue, je vous décrirais en détails ces braveurs d'hiver : des geais bleus, des étourneaux sansonnets et des mésanges à tête noire. Mais je ne suis pas ornithologue; tout au plus ornithosophe...


L'ornithosophie est la plus abordable des sciences essentielles : n'importe qui peut s'y adonner. Où? Dans un boisé silencieux (quelques arbres suffisent). Comment? Les mains dans les poches ou derrière le dos, sans trop bouger, les yeux et les oreilles grands ouverts tendus un peu vers le haut.



Quelques minutes de guet, quelques heures tout au plus, et la pratique de l'ornithosophie nous apprend que la vie est toute simple quand on sait voler. On trouve de quoi manger, on s'amuse à créer des amitiés en vol et, à l'arrêt, en choisissant bien sa branche et son arbre, on peut voir des beautés à faire chanter. Le bonheur, quoi. Et qu'il ne faut surtout pas s'arrêter trop longtemps sur la même branche : pour durer, le bonheur a besoin de bouger.



Après plusieurs jours d'observation oisive, l'ornithosophie nous apprend aussi que le bonheur ne peut être longtemps bonheur s'il n'est pas partagé. Vous savez : le nid qu'il faut construire, les oeufs qu'il faut tenir au chaud, les oisillons qu'il faut nourrir et à qui il faut apprendre à voler de leurs propres ailes pour qu'ils découvrent à leur tour le bonheur de voler...



Je connais deux catégories d'ornitosophes. Ceux qui pestent parce qu'ils n'ont pas d'ailes pour pouvoir être heureux. Et ceux qui croient qu'on peut être heureux sans ailes, qu'on peut sans voler trouver de quoi manger, créer des amitiés, voir des beautés à faire chanter, et partager ce bonheur pour qu'il grandisse.



24 janvier 2005

nuit sous zéro

pleine lune

dans la nuit noire

sans nuage

sans planète

sans étoile



ardente lune

dans la nuit froide

sans bruit

sans odeur

sans vent



clair de lune

dans ma nuit froide et noire

sans feu

sans plume

sans mot



ouvre-moi ta porte

mon amie, pierrot








23 janvier 2005

La diffusion tranquille

    En marge de la série Une révolution tranquille (Jacques Cossette-Trudel, Imavision, 2002) rediffusée sur Télé-Québec.


La série aurait dû s'intituler Un regard sur la révolution tranquille. Celui de Jacques Cossette-Trudel, à travers un choix d'images choisies à dessein comme pour prouver qu'il s'agissait bien d'une révolution. L'ex-felquiste ne manque pas une occasion de nous montrer les événements les plus violents de cette période de notre histoire autrement plus riche qu'il n'y paraît dans ce montage. L'insolence et le radicalisme des paroles qu'il nous fait entendre renforcent ce regard 'tendancieux'. Tout cela est loin de refléter l'état d'esprit général qui régnait alors.



J'ai vécu la période dite de la révolution tranquille comme des années de profonde remise en question, d'expérimentations débridées et de recherche en commun de notre identité. À cette époque comme maintenant, la violence était le fait d'une infime minorité qui n'avait pas du tout la sympathie populaire. En utilisant à outrance des images d'affrontements, Jacques Cossette-Trudel nous fait voir les événements à travers sa lorgnette de 'révolutionnaire'. Je ne remets pas en question sa sincérité ni sa bonne foi : c'est SA vision des événements. C'est aussi la limite du cinéma documentaire : l'action d'éclat est plus 'cinégénique' que la réflexion.



La problématique de fond est de taille et devrait interpeller tous nos diffuseurs qui ont la conscience trop tranquille. Un documentaire à caractère historique ne peut jamais refléter toute la vérité et toute la réalité. C'est un point de vue. Un point de vue parfois volontairement tendancieux même si ce n'est pas toujours évident. Si nos diffuseurs se sentaient le moindrement responsables de l'impact de ce qu'ils diffusent, ils feraient ce qu'il faut pour que les téléspectateurs puissent avoir d'autres points de vue que celui à l'horaire : par exemple, par une présentation qui mettrait le documentaire en contexte, par une table-ronde où des avis différents pourraient s'exprimer ou même simplement par des références complémentaires communiquées via Internet. Ce n'est pas le temps d'antenne qui manque pour le faire; j'en prends à témoin l'auto-publicité souvent répétée ad nauseam pour remplir les heures. Ce qui manque chez nos diffuseurs, producteurs, réalisateurs, etc., c'est une conscience de leur responsabilité sociale en tant que montreurs d'images. S'ils en avaient une, nos cerveaux et nos mémoires seraient moins engorgés de tranquilisants, de gras trans et de calories vides virtuels mais non moins néfastes pour notre santé intellectuelle collective.



    L'émission Points chauds à Télé-Québec est une belle réussite à cet égard.





22 janvier 2005

Dieu à la télé

La télé n'est pas faite pour ça mais il arrive qu'elle nous amène à penser. Ainsi, hier, durant mes pauses télé du midi et du soir, ces arrêts qui me donnent l'impression d'être en mouvance avec le monde, la SRC nous a rouvert les yeux sur l'avenir de notre patrimoine religieux, sur la résurgence du fondamentalisme chrétien aux États-Unis et sur la shoah qui hante encore la Pologne. C'aurait pu s'arrêter là; j'aurais pu passer à autre chose, aux nouvelles qui n'arrêtent pas de se renouveler... Mais non : après ces trois heures là, je me suis mis à penser, à faire des liens.



L'église d'à-côté est à vendre. La nôtre s'anime un dimanche sur deux, mais combien de temps encore entendrons-nous sa cloche se répercuter dans le vallon où gîte Saint-Armand... Elle fera dans x temps simplement partie de la banque de données du patrimoine religieux québécois, témoin d'un autre âge, celui que j'ai connu, enfant. Vestiges gênants de la révolution tranquille qui aura tranquillement pas vite tout emporté de ce que nous croyions dur comme fer à l'abri du temps parce que voué à Dieu. Mais Dieu est disparu aussi mystérieusement qu'il est mystère; Dieu n'est plus, plus dans les églises du moins. Il serait maintenant dans les banques où il favoriserait le développement, paraît-il durable cette fois : je ne peux malheureusement pas le confirmer parce qu'à leurs guichets, rien n'y paraît.



La télé a cela de bon qu'elle ne nous laisse pas longtemps nous mordre le frein. En soirée, encore Dieu à l'antenne. Cette fois appelé à la rescousse pour sauver le rêve américain. À deux kilomètres en droite ligne au sud d'ici, de l'autre bord de la frontière bien gardée d'un côté, le Dieu de la Bible que j'ai connu s'est remis à exister. On lui bâtit des temples, on le prie en grosses gangnes et ostensiblement, on l'enseigne dans des universités; certains voudraient même qu'il préside à l'État et prenne en charge -- si ce n'est déjà fait -- la lutte internationale contre le Mal, ce Mal qui aurait anéanti leurs deux tours fétiches un certain onze septembre. À la suite du reportage, on a parlé d'un semblable retour ici, chez nous, du besoin de prier... Mais sans images, entre invités autour d'une table : je ne les ai donc pas cru. À un moment donné, des chiffres sont apparus au bas du petit écran : 85% des Québécois se disent catholiques; 5,6% se disent sans religion... Je ne les ai pas crus non plus.



L'incursion en Pologne que nous a fait faire ensuite Zone libre à l'occasion du soixantième anniversaire de la libération d'Auschwitz m'a plus touché. Ces millions de juifs qu'on a pu exterminer dans des camps dont jamais personne n'a jamais pu décrire l'horreur, au milieu d'une Pologne catholique elle-même persécutée et décimée... Cette shoah qu'on a tout fait pour oublier jusqu'à ces années-ci on ranime le souvenir...



Quel est le lien entre notre patrimoine religieux, la montée du fondamentalisme religieux chrétien au sud et l'anniversaire de la shoah? Dieu. Avec lui, en lui et pour lui, bref grâce à lui, nous pouvons aussi bien justifier notre grandeur d'âme que notre inanité et notre perfidité.



21 janvier 2005

Canineries

Il nous est arrivé un jour comme ça, inopinément, sans collier, sans médaille, sans race ni nom connus, visiblement affamé. Vraisemblablement une de ces bêtes abandonnées au poste frontalier près d'ici par un voyageur étourdi, inconscient ou ignare. C'était il y a quatre ou cinq ans, peut-être dix.



Nous l'avons nourri; il est revenu; il nous a adoptés. Il passe depuis ses journées dehors à vagabonder autour, à fouiner, à se rouler, à s'étendre, à se mettre en boule lorsqu'il fait plus froid comme aujourd'hui, parfois même à japper s'il le faut... On jurerait qu'il s'ennuie. Mais il n'en est rien : il veille.



C'est un bon chien. Un peu brusque et lourdaud, mais présent, fiable et fidèle : trois qualités qu'un chien sait manifester à qui le nourrit. Nul besoin d'avoir un chien pour savoir que la fidélité, la fiabilité et la présence, ça se nourrit; mais, c'est un bon moyen de se le rappeler.




20 janvier 2005

Je suis fier de nous.

    L'affaire aurait pu mal tourner. L'affaire du financement à 100% par le gouvernement du Québec des écoles privées de la communauté juive. L'affaire aurait même pu dégénérer, comme au temps de la loi 22 de triste mémoire. L'harmonie multiculturelle est par essence fragile. Mais tout est bien qui finit bien : et j'en suis fier.


Je suis fier de nous, 'le peuple', qui avons dit à 9 contre 1 notre désaccord avec cette décision politique qui avait toutes les apparences d'un passe-droit. Je suis fier que nous ayons été capables de nous tenir debout pour le manifester.



Je suis fier des femmes et des hommes de la Commission scolaire concernée qui ont eu le courage de revenir sur une décision antérieure prise à la hâte, apparemment sous pression, sans pouvoir en évaluer judicieusement les répercussions.



Je suis fier de nos ministres Jean Charest et Pierre Reid qui ont été capables d'admettre qu'ils avaient non seulement pris la mauvaise décision, mais qu'ils l'avaient mal prise, pour des raisons nobles selon toute apparence mais sans tenir compte de leurs pairs et de leurs commettants. En admettant ainsi leurs torts, ils ont renforcé leur pouvoir démocratique et notre confiance en ce pouvoir.



Je suis fier de nos intellectuels qui sont sortis sur la place publique pour éclairer notre lanterne et celle de nos dirigeants. Pour dire que la paix sociale et l'avenir harmonieux de notre multiculturalité valaient beaucoup plus que quelques millions de dollars alloués pour des motifs nébuleux dans le cadre d'une loi d'exception.



Je suis fier de ces éducatrices et de ces éducateurs responsables qui ont fait valoir combien les besoins étaient grands ailleurs dans notre système d'enseignement public, combien il faudrait y investir aussi ou plutôt.



Je suis fier de nos médias qui ont cherché réponses aux pourquoi, comment et pourquoi maintenant de cette décision. Qui ont trouvé réponses. Qui en ont fait état. Qui ont aussi donné du temps ou des pages à celles et à ceux qui savent voir au travers, plus large et plus loin.



Je suis fier des représentants des communautés culturelles concernées qui ont exprimé ouvertement leur malaise d'être, par cette mesure d'exception, doublement marginalisés. Un tel langage nous a rapprochés d'eux.



Oui, je suis bien fier de nous. La torpeur qui semble caractériser notre peuple n'est qu'apparente; comme l'est celle de notre faune et de notre flore, l'hiver. Le temps venu ou quand nos valeurs profondes sont menacées, nous sommes capables d'éclater, de nous manifester, de dire notre impatience, d'agir avec du sens et de ne pas laisser faire le pire.



Je suis vraiment fier de nous. Tellement fier que je me mets à espérer que demain nos Libéraux se délibéraliseront, nos Péquistes se dépéquisteront, nos Adéquistes se désadéquisteront pour travailler ensemble à notre enrichissement collectif humain.



    Toujours aussi idéaliste, mon Jean...
    Tu changeras b'en jamais!


19 janvier 2005

Pas de passe-droit!

L'expression passe-droit n'a pratiquement plus cours dans nos conversations. Elle figure pourtant bel et bien dans le Trésor de la langue française, illustrée d'ailleurs par une citation de Geneviève Guèvremont.



En la lisant, j'ai revu ma maintenant sainte mère, elle qui s'y connaissait bien dans l'art d'élever cinq enfants sans passe-droit.



PASSE-DROIT, subst. masc. Faveur, privilège que l'on accorde à quelqu'un à l'encontre de la règle ou du droit. « Il s'impatienta et voulut se lever, mais on le fit rasseoir : Pas de passe-droit. Tu mangeras à ton tour. » (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p.121)


J'ai dit hier que la politique était l'art d'insatisfaire. Je n'ai pas dit que c'était l'art de faire des passe-droit.



18 janvier 2005

L'art d'insatisfaire

La langue a de ces étrangetés... J'ai cherché en vain le verbe insatisfaire dans les 992 dictionnaires de One Look. J'en conclus que le mot n'existe pas encore. Que l'insatisfaction, selon les normes admises, ne peut être qu'un état. Ce consensus des lexicographes m'est suspect : ne passons-nous pas une bonne partie de notre vie à insatisfaire.



La meilleure illustration s'en trouve dans la politique. On dit que la politique est l'art du possible. Je dirais plus exactement que la politique est l'art d'insatisfaire. Le blitz des derniers jours mené par notre ministre de l'Éducation, Pierre Reid, m'en a convaincu. Quatre annonces officielles en autant de jours. De quoi tenir la presse en haleine, soit; mais surtout, de quoi insatisfaire chaque jour un peu plus celles et ceux qui carburent au possible. Quatre jours, quatre annonces, quatre illustrations que la politique est l'art d'insatisfaire.



    Pour mes archives : hier, sursis à la survie des cégeps en leur déléguant un plus grand pouvoir d'exigence (ou de relâchement); le jour d'avant, investissement pour la réanimation des bibliothèques scolaires à la mode du 20e siècle (rappel : nous sommes au 21e); le jour avant celui d'avant, financement à 100 % des écoles privées les plus obstinément confessionnelles; le jour précédant le jour avant celui d'avant, ajustement des modalités de remboursement pour les jeunes nés de familles très hypothéquées, obligés de s'hypothéquer eux-mêmes pour faire des études supérieures.


Insatisfaire est bel et bien un art. En politique, c'est même l'art des arts puisque le résultat poursuivi est celui de satisfaire les attentes des électeurs à qui on a promis tout ce qui était possible. Insatisfaire dans le but de satisfaire. Amener les contribuables à se satisfaire de ce qui est insatisfaisant mais possible.



Insatisfaire est loin d'être le lot de la gent politique. Il ne se passe pas une journée sans que nous insatisfaisions quelqu'un ou que nous nous insatisfaisions nous-même. On ne parle pas ici d'un art cependant; simplement de l'évolution naturelle de tout individu, qui consiste à insatisfaire et à s'insatisfaire jour après jour de moins en moins.



Chez les politiciens, c'est autre chose : ils insatisfont à dessein, consciemment et en toute connaissance de cause. C'est pourquoi chez eux, insatisfaire est un art. Mais un art bien subtil; apparemment trop subtil pour les lexicographes.



ART, subst. masc. Ensemble de moyens, de procédés conscients par lesquels l'homme tend à une certaine fin, cherche à atteindre un certain résultat. (TLFi)



17 janvier 2005

Excellence et gala

EXCELLENCE, subst. fém. Caractère de la chose ou de la personne qui correspond, presque parfaitement, à la représentation idéale de sa nature, de sa fonction ou qui manifeste une très nette supériorité dans tel ou tel domaine. (TLFi)


Je n'aime pas les galas. Par frustration : on ne m'y invite jamais. Par dépit : ma garde-robe ne me permettra jamais d'y aller. Par atavisme : mes parents n'étaient pas du genre m'as-tu-vu. À cause d'une intolérance viscérale à l'épaisseur : les animateurs attitrés de galas rivalisent habituellement dans le domaine. Par méfiance : je me demande toujours si les gagnants le sont vraiment, s'ils ne sont pas plutôt d'utiles figurants.



Je n'aime pas les parvenus. Ma conception de l'excellence, c'est qu'elle doit être constamment poursuivie. Prétendre atteindre l'excellence est de la présomption; prétendre l'avoir atteinte, un non-sens ou une fumisterie.



Cela admis, je dois faire ici un aveu : j'ai regardé hier le Gala de l'excellence. Deux fois d'affilée. La deuxième fois par nostalgie des Beaux dimanches. Mais la première, parce que je me suis laissé prendre au jeu. Christian Bégin a bien fait ça. N'eut été d'un épais « bourrez-vous la face, vous l'avez mérité! » lancé à l'une des lauréates (religieuse, par surcroît), je lui aurais décerné la meilleure note qui puisse être attribuée à un animateur de gala. Bravo surtout pour les mises en situation scéniques ou vidéographiques à travers lesquelles on nous a présenté les cinquante-deux personnalités de l'année choisies par La Presse et par les recteurs de nos universités. C'était bon; presque excellent n'eut été là encore, cela semble incontournable, l'intrusion de deux de nos 'épais' vedettes -- le genre qui fait dans le niais simulé et vous jette en même temps un regard béat de satisfaction.



C'était un spectacle, comme tout gala. Pas surprenant donc qu'on ait très peu parlé des personnalités gagnantes et qu'elles aient elles-mêmes très peu parlé. Peu, mais bien. La plupart faisant spontanément retomber cette manifestation médiatisée de reconnaissance sur leur groupe d'appartenance ou sur la cause qui leur tient à coeur, pour que l'on n'oublie ni l'un, ni l'autre. J'ai retenu les paroles de Gilles Julien ému au milieu de 'ses enfants', salué pour le travail de suppléance parentale qu'il fait comme pédiatre social : « Aujourd'hui on ne regarde pas assez les enfants dans les yeux ». (Peut-être parce que comme adultes, on a profondément honte de l'héritage collectif qu'on leur laisse...)



Un gala, ça se paie. Qui a payé pour celui-là? La Presse, la Banque Nationale, la Société Radio-Canada, Hydro-Québec, Loto-Québec et la Société des Alcools du Québec... Nous autres, finalement.



Il faut quand même un certain culot pour associer les loteries et les boissons alcooliques à l'excellence! Mais c'est de l'excellent marketing!



16 janvier 2005

Trahis par le Mouvement Desjardins

    Le 24 décembre dernier, je dénonçais la trahison du Mouvement Desjardins envers les petits villages du Québec qui l'ont pourtant fait naître et grossir. Aujourd'hui, ces gens trahis par la Caisse populaire Desjardins Sieur-D'Iberville expriment leur colère dans une lettre ouverte publiée dans les journaux régionaux. J'en reproduis ci-après de larges extraits pour m'en rappeler lorsque sonnera le glas du Centre de service Saint-Armand, jadis fièrement nommé Caisse populaire de Saint-Armand-Ouest. Je souligne en gras les accroires faites par le Mouvement Desjardins aux villageois, puis les réalités qui s'ensuivent après que ces derniers eurent cédé en toute bonne foi à la caisse centre leur pouvoir de représentation.


NOUS AVONS ÉTÉ TRAHIS


Au moment de la présentation du projet de regroupement des Caisses populaires Desjardins de Sainte-Brigide d'Iberville, de Saint-Alexandre, d'Iberville, de Mont-Saint-Grégoire, de Sabrevois, de Saint-Sébastien et d'Henryville, en 2000 et 2002, il a été affirmé que rien ne serait modifié mais que tout serait amélioré.


Se regrouper, un geste pour l'avenir disait-on. Parmi les raisons invoquées pour favoriser le regroupement, on nous a parlé notamment de concurrence plus vive, exigences grandissantes des membres, de parts de marché à développer, de la proximité des caisses entre elles, des économies potentielles liées au projet et de la marge de manoeuvre qui permettrait d'améliorer la qualité du service.


L'objectif de la fusion consistait à regrouper, en une seule coopérative, les ressources humaines, financières et matérielles afin de créer une organisation pour les membres: ayant une capacité de service accrue et toujours alignée selon leurs besoins et attentes, encore plus solide financièrement, qui veut accroître son engagement social et économique.


Les avantages du regroupement pour les membres consistaient au maintien des points de services actuels pour les accueillir, à l'élargissement de l'accès aux produits spécialisés, la mise en commun des expertises des employés, les économies d'échelle, demeurer propriétaires d'une coopérative solide, chaque milieu sera représenté au conseil d'administration de la nouvelle caisse, présence assurée dans le milieu et ristournes. La nouvelle caisse devait maintenir ses sept places d'affaires.


Or, les dirigeants de la Caisse populaire Desjardins Sieur-D'Iberville ont projeté de fermer cinq centres de service au cours de l'année 2004 sans aucune consultation des membres. Les membres du comité des citoyens de Mont-Saint-Grégoire ont réussi à faire renverser la décision en ce qui les concerne. La décision de fermer quatre centres a été prise dans le but, affirme-t-on, de réduire de 500 000 $ les frais d'exploitation. Pourtant, toutes les caisses étaient rentables...


Devant la colère des citoyens et élus municipaux manifestée à la suite de l'annonce des fermetures, la Caisse a décidé d'offrir « 13 heures de «service comptoir (dépôt-retrait) non informatisé », distribuées sur deux jours!!! Cette décision devrait, selon eux, permettre une économie de 250 000 $ sur une base annuelle. Les dirigeants de la Caisse ne se sont aucunement préoccupés de la pétition signée par plus de 700 membres qui a été déposée.


En vérité, les membres du conseil d'administration ont mis le grappin sur notre argent afin de faire construire un agrandissement de leur Caisse populaire, à Iberville, lequel comprendra une quinzaine de nouveaux bureaux, trois salles de rencontre, de multiples espaces communs dont une salle de réunion, une cuisine et un vestiaire et logera principalement l'équipe dévolue à la gestion professionnelle des avoirs.


Les dirigeants ont diminué les heures d'ouverture des Caisses populaires situées dans les milieux ruraux de 7 heures par semaine, alors qu'Iberville a augmenté les siennes de 15 heures par semaine! Ils ont également voulu s'octroyer de meilleurs salaires et autres avantages personnels aucunement liés avec les intérêts de leurs membres.


(...)


(...)


Leurs décisions vont à l'encontre de la philosophie de Desjardins et sont contraires aux missions des Caisses populaires. Les milieux urbains se développent encore au détriment des milieux ruraux. Dorénavant, deux catégories de membres font partie de la nouvelle caisse: ceux qui bénéficient des services et les autres qui sont laissés pour compte.


Comités des citoyens des quatre municipalités concernées

 

Lettre parue dans L'Avenir & Des Rivières, édition du 15 janvier 2005. Les articles de cet hebdo ne restent pas longtemps en ligne; c'est pourquoi je reproduis ici presque intégralement cette lettre ouverte de mes concitoyens des villages environnants.



15 janvier 2005

Les petites et la Grande

    Sans en connaître la réponse, je sais déjà quelle sera ma dernière question : pourquoi faut-il que je meure? Je le sais parce que je vis de pourquoi en pourquoi depuis que je me connais.


Mon dernier pourquoi a tout naturellement surgi après l'annonce faite hier par le ministre de l'Éducation du Québec à l'effet que 60 millions de dollars seront déboursés d'ici trois ans afin « d'augmenter substantiellement le nombre d'ouvrages de qualité mis à la disposition des jeunes ». C'est dans le cadre d'un Plan d'action triennal sur la lecture à l'école qui « vise plus particulièrement les garçons parce qu'ils sont plus nombreux à éprouver des difficultés en lecture, difficultés qui ont des conséquences sur leur réussite, dans toutes les disciplines ».



Cette annonce m'a laissé bouche bée. Faite il y a quarante ans par Paul Gérin-Lajoie ou vingt par François Gendron, j'aurais été fier d'entendre une telle annonce. Mais en 2005 : non. Bravo pour le but poursuivi : faire lire les jeunes, particulièrement les garçons. Haro sur le moyen choisi : faire renaître les bibliothèques scolaires de leurs cendres. Nos jeunes vivent à l'ère du numérique, Monsieur le Ministre! Aujourd'hui, ils ont leur discothèque accrochée au cou et pour le prix de quelques livres ils pourraient avoir cent bibliothèques dans leur sac à dos.



Et Monsieur le Ministre, cultivé, pédagogue et gestionnaire expérimenté, politicien par surcroît, le sait très bien. S'il a fait cette annonce, ce n'est certainement pas pour ramener nos écoles au siècle dernier; il y a anguille sous roche... Mais pourquoi donc?



Je crois que la réponse est ici. Ce ne sera pas la première fois qu'on aura réussi à juguler la frustration dans les régions avec quelques millions.



Site de la BNQ






14 janvier 2005

0 commentaire(s)

La première fonction du volet « commentaire(s) » d'un blogue est peu documentée : c'est celle de façonner le caractère du blogueur. La deuxième, celle d'accueillir la réaction à chaud du lecteur, va de soi; d'autant plus qu'elle nourrit la plupart du temps son ego. Quant à la troisième, celle qui consiste à provoquer en son sein même une réaction émotive en chaîne, elle dépasse mon entendement.



Blogueuses et blogueurs sont humains; c'est d'ailleurs une caractéristique des blogues, les autres genres de sites étant trop souvent le produit de machines à copier-coller. Étant humains, les blogueuses et les blogueurs ont leur personnalité propre. Il y en a même qui ont visiblement du caractère. La plupart cependant, s'ils en ont, le montrent peu. Et rares sont ceux qui l'admettront, mais le volet « commentaire(s) » de leur blogue leur forge le caractère.



Le seul fait qu'il puisse y avoir des commentaires à la fin d'un billet est salutaire : le blogueur accepte ainsi d'emblée que l'autre qui le lit puisse manifester sa dissidence. C'est rare qu'il le fait, mais ça arrive. L'acceptation inconditionnelle de la différence de l'autre, manifestée ou non, caractérise le vrai blogueur.



Mais plus encore que cette ouverture à recevoir des commentaires, c'est le fait de n'en point recevoir qui est bénéfique pour son caractère : « 0 commentaire(s) ». Pourquoi? Pourtant... Lectrices, lecteurs, êtes-vous là? M'auriez-vous abandonné?



« 0 commentaire(s) » a un effet bienfaisant sur le blogueur, celui de le garder humble. Je sais, c'est un mot en voie de disparition... Un beau mot pourtant, qui vient d'humus qui veut dire 'terre'. « 0 commentaire(s) » garde les deux pieds du blogueur sur terre même devant son écran et l'incite à regarder autour, dehors, ailleurs...



Bref, le vrai blogueur ne se laisse pas décourager par un zéro. Il continue à dire et à se dire comme il faut parce que ça lui fait du bien et que ça en fera peut-être au lecteur passant qui compte pour lui. Il continue aussi à faire la tournée de sa blogosphère, à l'affût du sujet, de la phrase inspirée d'un pair qui pourrait nourrir sa quête de sens; il leur fait même parfois la surprise d'un commentaire...



Car les blogueurs même humbles l'admettront : un autre effet magique du « 0 commentaire(s) », c'est qu'après plusieurs jours sans, lorsqu'il en arrive un, c'est la fête!...



    Bienvenue à Daniel dans la blogosphère : un blogue d'abord courageusement bilingue (le premier, à ma connaissance), puis...


13 janvier 2005

Question de compatibilité

    Simple question. Question toute simple. Pourquoi y a-t-il de plus en plus de journalistes qui bloguent?

Pour répondre à cette question, j'ai d'abord griffonné (si on peut griffonner avec un clavier) différentes hypothèses. Pour m'apercevoir que la plupart frôlaient le procès d'intention. Sans doute parce que j'associe trop facilement les journalistes aux médias qui, eux, ne publient ni ne diffusent rien sans intention.


À question simple, réponse simple. Si de plus en plus de journalistes bloguent, c'est qu'il y en a de plus en plus qui ont besoin d'être bien avec ce qu'ils ou elles écrivent, c'est pour en assumer en toute liberté la pleine responsabilité et c'est pour créer des liens.


Si c'est pour autre chose, ça finira bien par se savoir.






12 janvier 2005

443 742 $ pour rire

Je suis content pour le monde qui aime rire. Content aussi pour celles et ceux qui font rire le monde qui aime rire. Même si moi, je ne peux qu'en rire.



Patrimoine canadien vient d'accorder une subvention de 443 742 $ au Musée Juste pour rire pour la production d'un site Web qui diffusera des bandes vidéo de plus de 1 500 numéros présentés par une soixantaine d'humoristes québécois des vingt dernières années.



Hier, Liza Frulla -- qui est aussi, soit dit en riant, ministre responsable de la Condition féminine -- était drôlement fière d'en faire l'annonce : (je souligne le plus hilarant en gras)



Notre gouvernement est fier de travailler en partenariat avec des organismes qui se servent du potentiel immense d'Internet pour aider les Canadiens et Canadiennes à découvrir des pans importants de leur culture. Grâce à ce projet, le Musée Juste pour rire montrera au reste du monde que nous avons un sens de l'humour extraordinaire -- un atout essentiel de toute culture.


Le monde qui aime rire pourra ainsi rire partout, tout seul, en tout temps, en rappel et en ligne avec une main sur la souris (souris!) et l'autre libre pour se gratter ou se retenir la bouche de pouffer de rire, rire, rire de tout ce qui s'est démoli sans discernement au Québec depuis vingt ans juste pour faire rire. Vaut mieux en rire, non?



Je suis aussi content d'apprendre dans le communiqué officiel du Gouvernement du Canada que Juste pour rire est enfin reconnu comme étant un organisme culturel sans but lucratif, moi qui croyais ce genre d'organisme en voie de disparition (c'est une blague!) :



Le ministère du Patrimoine canadien a accordé cette aide financière dans le cadre du Fonds des partenariats de la stratégie Culture canadienne en ligne. L'objectif principal du Fonds est de favoriser les initiatives de partenariat entre des organismes sans but lucratif, publics et privés qui visent, par l'entremise d'Internet et dans les deux langues officielles, à donner aux Canadiens et Canadiennes accès aux collections culturelles détenues par les organismes culturels provinciaux, municipaux et locaux.


J'arrête ici ce billet tordant. À moins qu'il ne soit tordu? Juste pour rire, un organisme culturel sans but lucratif... (Avouez que c'est désopilant et qu'à elle seule cette blague vaut au moins 443 742 $ des impôts qu'on a soutirés en trop aux dindons de la farce!)




11 janvier 2005

Blogutopia

Instead of just blogging and worrying and conversing in aimless, isolated small groups, what if we instead spent some of that time, that million hours a day, focusing together, collaboratively on specific unsolved problems?


Imagine what we could accomplish together by learning, listening, understanding, organizing, thinking ahead, reaching out, brainstorming, designing, experimenting, challenging, and deploying collectively-developed solutions. We don't need to get together physically to do this, and with the right preparation and the right team working on it, is there really any limit on what we might accomplish?


Dave Pollard, Inventing a New Human Culture


Il y a un côté messianique chez Dave Pollard. Le nom même de son blogue How to Save the World est d'ailleurs sans équivoque quant à la mission qu'il s'est donnée. Chacun de ses billets témoigne d'une réflexion et d'un engagement lucides et persistants pour que la vie ait plus de sens et les hommes, plus de bon sens. Et, qui plus est, ce qu'il 'prêche' est faisable; il nous dit même comment c'est faisable, en long et en large avec schémas à l'appui...



Son dernier projet : faire appel aux blogueuses et aux blogueurs de ce monde pour que nous nous mettions ensemble afin de trouver collaborativement des solutions aux grands problèmes auxquels notre civilisation est actuellement confrontée et créer ainsi une nouvelle culture. Rien de moins.



C'est là une utopie, bien sûr; du moins à ce stade-ci! Comme sont utopiques les changements profonds qu'il imagine, par exemple :



What if we started providing the necessities of life free? Food, clothing, shelter, information, music, literature, recreation, education, health care. Just started giving them away, and getting them free from others in return.


What if we created a new currency that would monitor our spending on non-renewable and polluting resources? And then those that voluntarily minimized such spending, kept their personal ecological footprint small, and boycotted socially and environmentally irresponsible companies' products and services, would get some kind of wearable award, a kind of reverse status symbol.


What if we got scientists to designate non-essential consumption and indebtedness as dangerous and unhealthy addictions, as forms of mental illness?


What if we invented reconfigurable, space-efficient homes with multi-functional rooms, so that 400 s.f. per person would seem huge? And what if we built them underground, energy self-sufficient, surrounded by large virtual digital 'windows' that made them look bright and airy, so that the land above could return to its natural state? And what if that surface land was protected as commonwealth land, owned by no one, in perpetuity?


Refaire le monde comme il devrait être, quoi! Tout un défi à relever pour la gent écran-clavier-souris de la blogosphère. Avis à toutes celles et à tous ceux qui voudraient changer le monde : Dave Pollard lancera bientôt un appel à tous. Après tout, l'utopie ne peut être pire que la réalité. S'il n'y a pas de limite d'âge, j'embarque...



10 janvier 2005

Rencontres

    « Bloguer, c'est créer des liens ». Toutes sortes de liens. Des liens ahref, des liens img, des liens rss... Mais surtout des liens humains -- discrets mais non moins vrais -- d'affinité, de concordance, de complémentarité, de solidarité, d'amitié...


Il faudrait qu'un jour où j'irai en ville avec du temps je compte combien de personnes j'ai croisées dans ma journée : croisées, donc manquées. Que je note celles à qui j'ai parlé : je leur ai parlé, donc je les ai rencontrées. (Bizarres, les participes passés...) Et que j'inscrive le nom de celles que j'aurais bien aimé revoir parce que quelque chose a 'cliqué' : mais est-ce réciproque? revoir comment, quand et pourquoi sans qu'il y ait d'ambiguité? C'est toujours compliqué une rencontre; plus compliqué encore une deuxième, une troisième...



Compliqué. Sauf si vous bloguez.



Avant d'écrire dans un billet (ou après, c'est selon) ce qu'il ne dirait pas autrement, le blogueur fait une tournée dans sa blogosphère. Et contrairement aux ballades urbaines où on ne peut pratiquement que croiser les gens parce qu'ils sont ou ont l'air plus pressés qu'empressés, dans la blogosphère, les blogueuses et les blogueurs s'arrêtent tout naturellement, se disent de bonne grâce, se laissent rencontrer de gaieté de coeur, se relancent volontiers sans jamais avoir l'impression de s'ingérer, de s'imposer; tout au plus, celle de s'immiscer en douce ni vu, ni connu...



Hier encore, ma blogosphère s'est agrandie, enrichie. J'étais dans mon blogvillage, Bloglines. Marc Mayet, fin détrousseur de blogues, attire mon attention vers un blogue finement nommé Do not fold (Ne pas plier). Un clic, et me voilà quelques instants hors du temps, chez Virginie Luc.



Premier contact : lecture de son billet le plus récent Vol de nuit. Saint-Exupéry, me dis-je. Mais non. Virginie Luc y décrit sa rencontre fortuite avec l'écrivain juif Arno J. Mayer :



(...) doucement, il me parle de l'oubli, parfois pernitieux, parfois salvateur; de la mémoire, affective et sacrée, qui est du côté de la vie, toujours portée par des hommes vivants et donc en évolution permanente, vulnérable à toutes les manipulations; de l'histoire qui, elle, relève d'une opération intellectuelle, d'un discours critique et prosaïque, qui désacralise... Il parle de la difficulté de faire une « histoire du présent » et, en particulier, du « commerce » que l'on fait autour de l'histoire du génocide juif (« chacun y va de ses mémoires »). Il préconise une étude contingente de l'histoire : pourquoi dissocier le drame juif de celui des gitans ou des homosexuels? Il s'attache, depuis trente ans, à élaborer un travail de mémoire qui refuse de se laisser emprisonner dans sa mémoire particulière.


Je suis conquis par cette façon qu'elle a de nous transmettre en mots sa quête du meilleur de l'autre. Et comme à chaque fois que je découvre un nouveau blogue, je pars à la recherche de son billet phare, souvent celui du premier jour, Point de départ.



Do not fold. Ne pas plier, ne pas froisser, ne pas jeter ces instants qui surviennent sans crier gare comme une évidence, qui parfois ressemblent à « du temps perdu » quand ils ne sont que des éclats de vie. Dans cet espace virtuel, j'ai envie de vous raconter des rencontres - des gens, des livres, des oeuvres, des absents, des lumières, des peurs... - qui me touchent et me font grandir. En marge du flot délétère du quotidien, vous dire ces percées dans le temps qui me rattachent au monde dont elles me coupent pourtant.


« Raconter des rencontres qui me touchent et qui me font grandir. » J'ai lu tous ses billets; relu même certains d'entre eux, notamment celui du premier jour de novembre où...



Ce sont nos morts qui viennent à notre rencontre pour ponctuer notre vie et lui donner un ordre. Notre temps a besoin de sacrements et de ponctuations. On pose une date comme une pierre sur le chemin. Paradoxalement, la fête des morts est l'occasion de vivre plus intensément, d'accueillir ce curieux sentiment qui mêle la tristesse et la force de vie.


Virginie Luc fait maintenant partie de ma blogosphère.


09 janvier 2005

Médiacrité

Les médias sont plus portés sur l'autocongratulation (ou autopublicité) que sur l'autocritique. Ça aussi, c'est de la télé-réalité.




« Tout le monde en parle » (le titre) en un mot : imposture.




La grille-horaire de la télé nourrit de plus en plus en plus nos obsessions. Ne devrait-elle pas plutôt nourrir nos aspirations?




Ce qu'Antoine Robitaille appelle « être cru », moi j'appelle ça « être épais ».




L'information télévisée est de plus en plus un show d'images percutantes ou croustillantes. Quant à l'analyse des événements et leur signification dans l'évolution de notre société et de notre pays... Pourquoi en donner plus que ce que le téléspectateur 'moyen' béat en demande si les publicitaires y trouvent leur compte?





08 janvier 2005

En perspective

    La plupart des journalistes et des médias ont de la difficulté à présenter les événements en perspective.


    Il y avait bien Laurent Laplante sur qui nous pouvions compter pour ce faire jusqu'à ce qu'il nous fasse récemment ses adieux « pour aller faire autre chose ». Ses analyses lucides et sans compromis vont me manquer; il restera cependant parmi mes inspirateurs...


    Il y a encore, heureusement, Le Monde diplomatique. Hier, Ignacio Ramonet y mettait en perspective le tsunami de l'océan Indien « l'une des catastrophes les plus colossales de l'histoire ».


    Après avoir décrit l'ampleur indéniable de cette tragédie humaine, il nous amène voir plus large et plus loin que le « formidable choc émotionnel qui atteint profondément les opinions publiques occidentales » dû en grande partie à « la présence d'Occidentaux et [au] nombre élevé de victimes parmi eux ».


(...)


Une catastrophe « naturelle » d'intensité identique cause moins de victimes dans un pays riche que dans un pays pauvre. (...) Sommes-nous alors inégaux devant des cataclysmes? Sans le moindre doute. Chaque année, des catastrophes touchent environ 211 millions de personnes. Les deux tiers d'entre elles se situent dans les pays du Sud où la pauvreté aggrave leur vulnérabilité. (...) L'impact d'un séisme, d'un cyclone ou d'une inondation est très différent selon les pays. Il dépend souvent des politiques de prévention appliquées par les autorités.


La catastrophe de l'océan Indien nous émeut en raison de son gigantisme, de sa brutalité et aussi parce que cette somme de tragédies humaines s'est produite en un jour. Mais si l'on observait, sur une année, ces pays et leurs habitants avec une curiosité semblable à celle dont nous faisons preuve actuellement, nous assisterions - au ralenti - à une catastrophe humaine d'une envergure encore plus tragique. Il suffit de savoir que, chaque année, dans les États du golfe de Bengale (Inde, Maldives, Sri-Lanka, Bangladesh, Birmanie, Thaïlande, Malaisie et Indonésie), plusieurs millions de personnes (surtout des enfants) meurent tout simplement parce qu'elles ne disposent pas d'eau potable et boivent de l'eau polluée.


L'aide publique et privée promise aux pays touchés par le tsunami s'élève actuellement à environ quatre milliards de dollars. Chacun se félicite de l'importance de cette somme. Pourtant elle est négligeable comparée à d'autres dépenses. Par exemple, le seul budget militaire des États-Unis s'élève, chaque année, à 400 milliards de dollars...


Il faut savoir que, selon les derniers chiffres de la Banque mondiale, la dette extérieure publique de cinq de ces pays s'élève à plus de 300 milliards de dollars. Et les remboursements qu'elle implique sont gigantesques : plus de 32 milliards de dollars par an... Soit presque dix fois les promesses de dons « généreusement » annoncées ces jours-ci. A l'échelle planétaire, chaque année, les pays pauvres remboursent, vers le Nord riche, au titre de la dette, plus de 230 milliards de dollars.


Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement, « à l'échelle planétaire, il manque quelque 80 milliards de dollars par an pour assurer à tous les services de base », à savoir l'accès à l'eau potable, un toit, une alimentation décente, l'éducation primaire et les soins de santé essentiels. C'est exactement le montant du budget supplémentaire que le président Bush vient de demander au Congrès pour financer la guerre d'Irak...


L'énormité des besoins à couvrir montre, par comparaison, que la générosité humanitaire, aussi admirable et aussi nécessaire qu'elle soit, n'est pas une solution de long terme. L'émotion ne peut se substituer à la politique. Chaque catastrophe révèle, comme un effet de loupe, la détresse structurelle des plus pauvres. De ceux qui sont les victimes ordinaires de l'inégale et injuste répartition des richesses dans le monde. C'est pourquoi, si on souhaite vraiment que l'effet des cataclysmes soit moins destructeur, il faudra aller vers la recherche de solutions permanentes. Et favoriser, pour l'ensemble des habitants de la planète, une redistribution compensatoire.


(...)


Ignacio Ramonet, Après le tsunami, Le Monde diplomatique, 7 janvier 2005


07 janvier 2005

Le développement, vu par Normand Maurice

    En roulant notre super bac bleu jusqu'au bord du chemin Saint-Armand, j'ai pensé à Normand Maurice, ce pionnier du recyclage au Québec, récemment décédé. Homme simple, simple prof, je me suis demandé quelle vision avait pu motiver son engagement. Via Google, je tombe sur ce texte dans lequel il partage en toute humanité sa conception du développement (durable)...


Le développement est d'abord démographique. Sur une terre grande mais limitée, la population humaine ne cesse de croître. Or, pour d'aucuns, vivre est un privilège et qui le voit aussi cherche nécessairement à partager la vie. La générosité de l'homme fait que nous accueillerons sur cette terre autant de personnes qu'elle peut en accueillir. La disponibilité des ressources est donc plus susceptible que la bêtise humaine de limiter le développement démographique.


Le développement est aussi économique. L'homme a le génie de créer toutes sortes de biens et de services dont il estime qu'ils améliorent sa qualité de vie et donnent de l'intensité à son existence. De ce fait, chaque personne utilise de plus en plus de ressources et d'énergie sur une terre grande mais limitée. Là encore, la disponibilité des ressources viendra limiter le développement économique, ce que le manque de jugement de l'homme pourrait bien précipiter.


Le développement, il est aussi démocratique. Cette qualité de vie optimale, objet du développement économique, nous la voulons pour chaque personne. C'est une exigence de notre humanité que de vouloir assurer à chaque individu toutes les ressources nécessaires à son plein épanouissement humain. Renoncer à cet idéal, c'est renier son humanité. Là, il faut se demander si les ressources que nous offre la terre permettent de répondre à cette exigence d'humanité, compte tenu de nos modes de consommation et de production actuels.


Compte tenu de tous les défis que pose à l'homme son humanité, nous avons choisi le plus facile, celui de nous orienter vers une utilisation maximale des ressources, et encore, des mesures à envisager, avons-nous choisi la plus simple, recycler.


Normand Maurice



Le mariage : pour le couple ou pour les enfants?

    L'archevêque d'Halifax ne pose-t-il pas la bonne question aujourd'hui au Parlement qui s'apprête à redéfinir le mariage? À quand un vrai débat public sur ce sujet fondamental pour les générations qui viennent?


Le mariage est l'institution sociale prévue pour la conception, l'éducation et la protection des enfants. Il est vrai que tous les mariages ne sont pas réussis et que toutes les familles ne sont pas heureuses. Ce sont là, aussi, des réalités humaines.


Une union entre personnes de même sexe fournit bien des choses, y compris un partenaire sexuel et une participation aux bénéfices économiques. Toutefois, à cause de sa nature même, cette union ne peut jamais engendrer un enfant, qui est l'expression ultime de l'union physique entre un homme et une femme.


Dans le mariage, l'époux et l'épouse s'engagent dans une relation volontaire pour prendre soin des enfants créés à travers leur amour. Dans une union entre personnes de même sexe, les enfants peuvent se voir privés de leur simple droit naturel de vivre avec leurs deux parents biologiques dans une même famille.


En voulant assurer des droits égaux à tous les adultes, nous créons deux classes d'enfants : ceux qui peuvent potentiellement vivre avec leurs deux parents au sein d'une même unité familiale, et ceux qui ne le peuvent pas.


Le mariage, tel que nous le connaissons, est une institution sociale qui se préoccupe du bien commun et non des droits individuels. Par contre, les unions entre personnes de même sexe se préoccupent entièrement des droits et des désirs des individus.


Afin d'exaucer un désir particulier chez certains adultes, le Parlement du Canada prépare un projet de loi qui va remodeler l'unité de base de notre société et ainsi priver totalement certains enfants de leur droit humain fondamental de vivre dans une famille avec leur père et leur mère.


Nous pouvons faire mieux que cela.


Dans le mariage, le bien commun l'emporte sur les droits individuels, par Mgr Terrence Prendergast, SJ, Archevêque de Halifax, dans ledevoir.com, Édition du vendredi 7 janvier 2005





06 janvier 2005

Altérophobie

lui d'aujourd'hui - C'est quand même étonnant qu'à l'ère de la mondialisation et au moment où les technologies des communications n'ont jamais été aussi développées et accessibles, il y ait autant de gens qui semblent n'avoir pas d'autre choix que la solitude et l'isolement...


lui d'hier - Comme si d'avoir froidement accès aux images et aux sons tout en violence du reste du monde nous empêchait de sentir et de partager ce qui se vit tout en douceur autour et près de nous...


05 janvier 2005

Passe et compte!

    J'ai exprimé à quelques reprises mon ras-le-bol face à nos millionnaires sur patins « qui s'amusent, les yeux rivés sur la rondelle tout en ayant en tête leurs bénéfices et leurs placements. ». J'ai aussi pesté en avril dernier contre « leur manque de cohésion, leur jeu trop souvent languissant, leur esprit d'équipe déficient, leur rapide élimination des séries et leur incapacité chronique de communiquer avec le public qui, pourtant, leur pardonne tout ».


Nous avons eu droit à un tout autre spectacle de la part de l'équipe du Canada lors du Championnat du monde de hockey junior au terme duquel elle a remporté hier une médaille d'or bien méritée. Du vrai hockey 'professionnel' : du jeu d'équipe dynamique, du jeu intelligent. Une patinoire où il était possible de suivre la rondelle sans que notre vue soit sans cesse sollicitée par une orgie de pubs sur glace. Une description du jeu sans qu'il soit sans cesse fait mention de passes financières. Un enthousiasme spontané des partisans visiblement enchantés.



Dommage cependant qu'après, le vedettariat revienne au galop et que les médias n'en aient plus maintenant que pour Crosby et Bergeron... Dommage, mais pas surprenant : après tout, les médias sont les premiers responsables de l'hyper commercialisation du hockey 'professionnel'.



04 janvier 2005

Post-festem

- Les lumières multicolores ne clignotent plus, la 'musique de Noël' s'est tue, les magasins ont perdu leur clinquant d'or et d'argent, les beaux sapins gisent dans le cagibi ou au bord des chemins, Opération 'Nez rouge' a fait son bilan : la période des Fêtes est bel et bien chose du passé... Est-ce que toute cette agitation festive des dernières semaines en valait la peine? Est-ce qu'il en reste autre chose que le gonflement des coffres des grandes chaînes et de nos comptes sous cartes?


- Ho là! Ressaisis-toi, mon vieux! Au-delà de l'économie des apparences et des cadeaux, il y a la réalité de leur symbolisme et la chaleur des rencontres. Il y a les liens. Les Fêtes, ça fait partie de ce qui nous reste encore pour créer et pour maintenir les liens. Et les liens, comme la liberté qui leur donne un sens, ça n'a pas de prix!


- Les gens du commerce au détail en savent quelque chose...


03 janvier 2005

Le blogue, pédagogue

    Le bilan-réflexion de ma fin d'année 2004 m'a amené à définir le blogue comme étant un espace à la fois expressionnel et relationnel. L'aspect expressionnel me fait du bien et peut en faire aux autres si j'ai une approche responsable. L'aspect relationnel me permet d'apprendre et de créer des liens... Tout ça sonne plutôt théorique mais correspond tout à fait à mes expériences en tous sens de blogueur.


Cela étant dit, tout n'est pas dit. Le blogue est en effet une forme d'expression et de relation qui donne lieu à de l'expérimentation continue : il n'est donc pas et ne sera probablement jamais universellement définissable. Il suffit de faire régulièrement la tournée des blogues pour l'observer : on perçoit à peu près partout une recherche personnelle en vue d'exploiter le médium de façon optimale.



Sur le plan expressionnel, chacun chacune cherche la meilleure plate-forme, le modèle qui lui convient le mieux, le style qui correspond le mieux à ce qu'il ou elle veut exprimer et tente de mettre en vue de façon permanente ce qui peut le mieux l'identifier.



Sur le plan relationnel, chacun chacune cherche comment faire connaître l'existence de son blogue, en intéresser d'autres à ses plus récents propos, obtenir quelque réaction, faire essaimer si possible ailleurs une discussion ou l'influencer par une contribution originale. Des blogues de toutes les tendances se côtoient, des plus froids aux plus chaleureux, des plus intimistes aux plus exhibitionnistes, des plus discrets aux plus compétitifs (parce que, ici comme ailleurs, il y a du 'showblogness', une course au top ten).



Tout un programme, bloguer, finalement! Le microcosme écran-clavier-souris de la vie, en constante évolution comme la vie elle-même.



Ce qui me fascine au plus haut point, c'est le potentiel pédagogique du blogue. Car, contrairement aux autres usages à la mode dans Internet (courriel, clavardage, sites Web conventionnels...) où l'improvisation, la superficialité, l'imitation bête et même le mauvais goût peuvent faire long feu, le blogue, pour durer, doit certes être accrocheur d'entrée de jeu mais surtout avoir un contenu solide, un style original et une grande capacité de renouvellement. Le blogue qui ne reflète pas la personnalité de son auteur et son évolution ne peut qu'être banal, donc éphémère. Le blogue digne de ce nom est exigeant et a un coeur. D'où son incroyable potentiel pédagogique, du moins à partir de l'adolescence. Heureux les profs d'aujourd'hui -- je pense particulièrement aux profs de français -- qui ont à leur disposition un aussi merveilleux outil et combien accessible! Heureux les élèves qui peuvent et pourront en bénéficier parce que leur prof carbure et veille au blogue!



Belle année 2005 à Clément et à Mario, les deux pédagogues les mieux connus de la blogosphère francophone et à tous les autres profs, précaires ou calcaires, qui guident et inspirent nos jeunes!



02 janvier 2005

Tsunami Blues

l'autre - Il est temps que tu en parles du Tsunami; c'est arrivé il y a une semaine déjà!



lui - J'avais les 'bleues'; j'étais incapable d'en parler.



l'autre - Les 'blues'?...



lui - Les catastrophes humanitaires m'ont toujours fait le même effet : je perds pied temporairement, ma confiance en Dieu et dans l'humanité en prennent un coup, et je ne sais plus quoi dire.



l'autre - Mais un tsunami, c'est une catastrophe naturelle; on n'y peut rien. Il faut que la vie continue, il ne faut pas se laisser...



lui - Justement. Je n'arrive pas à comprendre que la vie continue comme avant, après les catastrophes... On devrait au moins en tirer des leçons!



l'autre - Quoi par exemple?



lui - Je trouve que les catastrophes humanitaires sont des révélateurs. Prends le tsunami de la semaine dernière...



l'autre - Épouvantable...



lui - Ce sont des pays des continents les plus pauvres qui ont été touchés : en Océanie, en Asie et en Afrique. Mais de qui parle-t-on surtout dans les reportages et aux nouvelles? Des occidentaux d'Europe et d'Amérique qui étaient là par affaires ou en touristes au moment du raz-de-marée, de ceux parmi eux qui s'en sont tirés ou qui y sont morts, des autres parmi eux qui sont toujours portés disparus; pour chaque catégorie, on a les chiffres exacts des ressortissants étrangers de chaque pays occidental. Du Canada, par exemple, on sait à ce jour que 5 personnes sont mortes et que 150 sont portées disparues. Quant au nombre d'individus des populations indigènes massivement touchées, on n'en sait trop rien sinon un ordre de grandeur à dix mille près, variable selon les sources : 100 000? 150 000? Il y a, sur notre planète, d'une part les gens qui comptent (on est capable de les compter); d'autre part les autres qui ne savent pas compter, qui ne comptent pas (il est donc difficile d'en faire le décompte). Les catastrophes humanitaires nous apprennent entre autres ça.



l'autre - T'exagères pas un peu...



lui - À peine. Prends ce qu'on appelle l'aide au développement. L'aide aux pays sous-développés se fait en temps normal au compte-gouttes. Arrive une catastrophe humanitaire... On trouve et on promet soudainement des millions et des milliards pour l'aide et pour la reconstruction. C'est quand même étonnant! D'où vient donc cet argent qu'on n'avait pas avant?



l'autre - C'est normal : les survivants n'ont plus rien...



lui - C'est pas normal; c'est calculé. C'est fait par des gens qui comptent et qui savent compter. Les catastrophes rapportent. C'est pas de l'aide; c'est de l'investissement. Les deux milliards promis iront où, à quoi et à qui, penses-tu?



l'autre - Je reconnais ta propension à la dramatisation...



lui - Je serais curieux que RDI (le réseau des catastrophes en direct) fasse le bilan des retombées économiques des cataclysmes des dernières dix années dont ils nous ont montré hier les images les plus spectaculaires pour marquer leur dixième anniversaire...



01 janvier 2005

La bonne année

    Mes voeux en ce premier Jour de l'An 2005...


Aux blogueuses et aux blogueurs : que vous continuiez à créer quotidiennement des liens qui font du bien.



Aux sans-blogues : que vous osiez à votre tour bloguer.



À toutes celles et à tous ceux qui se font vainement souhaiter la bonne année à chaque premier de l'an depuis des lustres : que 2005 soit enfin bonne!