18 décembre 2004

Vivre de l'isolement (des autres)

Après 22 848 jours de vie avec l'isolement (dont le tiers à réfléchir sur le sujet, la nuit portant conseil), je crois le moment venu de faire part ici d'un constat dont il n'est ni peu ni prou fait mention dans les médias, toutes technologies confondues : l'isolement fait vivre, l'isolement est le moteur de l'économie.



Ça part de loin dans le cycle de l'évolution, ça part du jour où l'homo est devenu sapiens, c'est-à-dire conscient de son isolement et, conséquemment, de sa vulnérabilité. Depuis lors, et maintenant, et jusqu'à la fin des temps, il essaie de s'en sortir par tous les moyens, y compris ceux qui pourraient le ramener à son état d'inconscience originelle.



Toute l'histoire est là pour appuyer cette thèse : inutile de la raconter en détails ici, ce qui est fait est fait. Disons, en gros, que pour sortir de l'isolement, l'humanité a inventé les philosophies, les religions, les arts, les lettres, les thérapies, etc. (voir la liste complète dans la classification Dewey)... Dans toute cette liste, il ne faut retenir qu'un mot, le mot-clé de mon constat initial à l'effet que l'isolement est le moteur premier de l'économie, le mot économie.



L'économie est en effet l'aboutissement de l'évolution humaine; elle sera d'ailleurs très probablement l'eurêka de cette évolution. Pour simplifier, disons que Quelqu'un (je l'appellerai Quelqu'un parce que personne ne sait vraiment qui), Quelqu'un donc s'est dit : « Puisqu'après tant de siècles, les femmes et les hommes n'acceptent pas leur isolement et veulent encore et encore à tout prix en sortir, aussi bien en profiter et leur vendre des moyens concrets qui leur donnent au moins l'impression qu'il est possible de le faire. » (traduction un peu pénible de : If they want it, they'll buy it!)



Le concept d'isolement rentable était né. L'idée était révolutionnaire et, qui plus est, s'arrimait parfaitement à la notion de démocratie naissante : pourquoi de pas profiter de l'isolement des autres, vivre de cet isolement, pourquoi chacun n'en tirerait-il pas profit? On connaît la suite... Le phénomène est maintenant mondial et se fait partout en trois temps : (1) rejet et abandon de tout le non-profitable passé (revoir la liste de Dewey); (2) développement rentable effréné* (ou tout autre synonyme de la liste citée plus bas); (3) développement durable (pour faire durer l'économie le plus longtemps possible).



C'est cette dernière étape qui me fait dire que l'économie, en devenant 'durable' mettra probablement un terme à l'évolution humaine; les x jours d'isolement et de réflexion qui me restent encore à consommer me permettront peut-être de me prononcer éventuellement là-dessus.



effréné : débridé, déchaîné, délirant, démesuré, déréglé, désordonné, dévorant, échevelé, endiablé, exagéré, excessif, féroce, fou, frénétique, furieux, glouton, illimité, immodéré, impétueux, insensé, monstre, sans frein, vertigineux, violent. (Dictionnaire du CNRS)


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